La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

dimanche 3 avril 2016

Le second voyage lunaire du Baron de Munchausen

Au chapitre 16 de ses Aventures, le Baron de Munchausen fait état d'un second voyage dans la lune, effectué "d'une façon beaucoup plus agréable" et cette fois, d'une durée suffisamment longue pour en tirer "diverses observations"... Mais d'abord, concernant le motif de son expédition, il explique qu'un de ses parents s'est persuadé qu'il devait y avoir quelque part "un peuple égal en grandeur à celui que Gulliver prétend avoir trouvé dans le royaume de Brobdingnag". Notre vaillant Baron accepte d'accompagner ce parent (dont il nous apprend qu'il est le légataire) à la recherche de ce peuple, malgré sa totale incrédulité au sujet de l'existence de celui-ci.

En première étape, ils prennent la direction de la mer du sud, où un ouragan enlève leur bateau dans les cieux "à près de mille lieues", le maintenant ainsi pendant longtemps, avant que le vent ne gonfle les voiles et emporte les voyageurs au-delà... jusqu'à la lune, bien entendu.

Ils accostent donc cette "vaste terre, ronde et brillante, semblable à une île étincelante", en entrant dans un "excellent port". Le pays est habité, on y voit des villes, et la nature - arbres montagnes, fleuves, lacs - est tellement semblable à celle de la Terre qu'ils pensent être revenus sur la planète qu'ils ont quittée.

Ils voient sur la Lune de "grands êtres montés sur des vautours, dont chacun avait trois têtes". Ces oiseaux sont de très grande envergure ; tout d'ailleurs dans ce monde est extraordinairement grand : pour exemple, la taille d'une mouche lunaire équivaut à peu près à celle d'un mouton terrestre. A la période, le roi de la Lune est en guerre avec le Soleil (un scénario anciennement exploité par Lucien de Samosate).





















Les armes des guerriers lunaires ont des armes-légumes : des raiforts leur servent de javelots ou, selon la saison, des tiges d'asperges ; pour boucliers, de vastes champignons...

Ils croisent aussi des êtres extralunaires : des gens d'affaire, venus de Sirius, qui ont "des têtes de bouledogue et les yeux placés au bout du nez" et quand ils veulent dormir, ils se "couvrent les yeux avec la langue" (on présume qu'ils sont privés de paupières). Les particularités physiologiques de ces Siriens étonnent beaucoup nos voyageurs. Ainsi, pour s'alimenter, ils possèdent "sur le côté gauche un petit guichet" qui leur permet d'introduire directement la nourriture dans leur estomac ; ils réitèrent cette opération de mois en mois et jour pour jour.

Le Baron nous apprend que les "joies de l'amour sont complètement inconnues dans la Lune", pour la simple raison qu'il n'existe qu'un seul et même sexe. La reproduction est ainsi faite : "tout pousse sur des arbres, qui différent à l'infini les uns des autres, suivant les fruits qu'ils portent" et pour ceux de la reproduction "humaine", ils sont plus beaux et grands que les autres, avec "des feuilles couleur chair ; leur fruit consiste en noix à écorce très dure" et lorsque ces noix sont à maturation, on les cueille et on les conserve "aussi longtemps qu'on le juge convenable. Quand on veut retirer le noyau, on les jette dans une grande chaudière d'eau bouillante ; au bout de quelques heures, l'écorce tombe, et il en sort une créature vivante."

Ces créatures sont pré-déterminées : "d'une écorce sort un soldat" ou un philosophe, théologien, jurisconsulte, fermier... Et chacun, sans attendre, s'applique à sa tâche. Le Baron nous dit que la grande difficulté réside justement dans cette fonction prédéfinie mais impossible à prévoir.

Les gens de la Lune "n'éprouvent pas le besoin de boire, n'étant asservis à aucune excrétion. Ils n'ont à chaque main qu'un seul doigt avec lequel ils accomplissent toutes les tâches avec beaucoup d'adresse. Lorsque les créatures de cette planète deviennent vieux (car ils vieillissent), ils ne meurent pas mais se "dissolvent dans l'air et s'évanouissent en fumée."

Ils portent leur tête sous le bras droit et ont même la possibilité, en cas de grand mouvement, de la laisser "à la maison" sans rompre la communication. Les plus hauts fonctionnaires, chargés de la surveillance du peuple, envoient leur tête en reconnaissance et la rappellent à eux selon leur convenance. 

Une autre particularité physiques des habitant de la lune, des plus pratiques, est de se servir de leur ventre comme des gibecières : "ils y fourrent tout ce dont ils ont besoin, l'ouvrent et le ferment à volonté", cet emplacement du corps étant vide d'entrailles, de cœur et de foie.

Enfin, d'après les observations du Baron, dont il est inutile de louer l'objectivité, "on rencontre dans la lune, à chaque coin de rue, des gens qui vendent des yeux ; ils en ont les assortiments les plus variés, car la mode change souvent : tantôt ce sont les yeux bleus, tantôt les yeux noirs, qui sont mieux portés."

Nous ne sommes pas sans savoir quelle difficulté a connu le Baron pour accréditer cet ensemble d'observations. Lui-même, saisi par l'étrangeté de ce monde lunaire, a invité "ceux qui douteraient de sa sincérité de se rendre eux-mêmes dans la lune, pour se convaincre qu'il est resté plus fidèle à la vérité qu'aucun autre voyageur."