La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

mardi 27 décembre 2016

Tout est prévu, sauf le hasard, Rémy Leboissetier [Maximes et Mixtures, vol. 2, nouvelle édition]

Initiée en 1998, Maximes et Mixtures se présente comme une collection littéraire « destinée à recueillir les plus larges impressions de l’expression brève » et se décline, selon les thèmes retenus, par des apports de pensées diverses : combinaison d’observations, de réflexions et de considérations, avec le support de citations intertextuelles. Au sujet de ce genre et de sa forme stylistique, l’auteur note : Par ce qu’elles donnent à voir et à entendre, les petites formes littéraires demeurent essentielles : c’est une humeur, un état d’esprit, un art de la touche qui conjugue rigueur et souplesse, gravité et légèreté. Maximes et Mixtures est aussi un espace d’échange entre le texte et l’image, puisque chaque titre de la collection s’accompagne d’œuvres d’artiste : Tout est prévu, sauf le hasard comporte une série de 6 dessins extraits des carnets de Jérémy Damien.

« Adepte du désordre ou monstre d'organisation, l'homme cherche toujours à maîtriser le cours des évènements : conjectures, prophéties, effets d’annonces ou plans de carrière… Ainsi soit-il, qu’il en sera autrement. Gardons-nous de savoir trop vite de quoi demain sera fait, malgré tous nos efforts de volonté et l’attirail des sciences prévisionnelles. L’effet étant rarement à la hauteur de sa cause, les certitudes s’effritent et l’individu se présente alors comme un pantin soumis à d’obscures manipulations. 

Sur le thème, nous avons le sentiment d’une mauvaise distribution des rôles, d’erreurs de la régie. Si ce n’est de le provoquer ou de l’esquiver, nous devons de respirer et de bouger par le plus curieux des hasards, par une exception qui ne confirme pas nécessairement la règle et que n’infirme en définitive aucune loi. La plus belle des constances n’est-elle pas de s’adapter aux circonstances, jusqu’au dénuement final ? »

Présentation et extraits 
Télécharger le catalogue 
Le site web de Jérémy Damien

vendredi 26 août 2016

George du Maurier, illustrateur et romancier

Surtout connu pour être l'auteur du roman "Peter Ibbetson", George Louis Palmella Busson du Maurier naît en 1834 à Paris. Il fut d'abord illustrateur, plus tardivement romancier.

Naissance & Ascendance

George est issu d'une famille française émigrée en Angleterre sous la Révolution : son grand-père, Robert Mathurin Busson (du) Maurier, homme aventureux, ne fuit pas en raison d'une prétendue appartenance aristocratique - image qu'il se donne avec l'ajout d'une particule - en réalité il quitte son pays en 1789 pour éviter des délits de fraude. Souffleur de verre de son métier, il travaille un temps à Londres, y fait de la prison... puis revient en France en 1802 où il sera maître d'école jusqu'à sa mort en 1811.

Le père de George du Maurier, Louis, quatrième des enfants de Robert Mathurin (qui en eut six, et dont il négligea la charge), grandit à Londres jusqu'à ses dix-huit ans, date à laquelle la famille vient habiter Paris. Il y étudie d'abord le chant d'opéra puis trouve plus d'intérêt dans les inventions scientifiques. En 1831, Louis du Maurier épouse Ellen Clarke, fille d'une célèbre courtisane du Régent, et George naît dans la maison familiale, près des Champs Élysées, apprenant simultanément les deux langues (ce n'est pas par hasard que le thème du dédoublement de personnalité soit présent dans ses romans). Les premiers souvenirs de France marqueront durablement sa vie et son œuvre. 

 
1834-1853 : Belgique, Angleterre, France

Peu après sa naissance, la famille vit successivement dans différents pays : en Belgique, à Bruxelles, où le père est conseiller scientifique à l'Ambassade du Portugal, en Angleterre, puis revient s'installer en France (banlieue de Passy, entre 1842 et 1846). Louis du Maurier entend poursuivre des études scientifiques, mais c'est un inventeur qui perd tout son argent dans différents projets sans issue.


A 13 ans, George étudie à la Pension Froussard, avenue du Bois de Boulogne. Après la révolution de 1848 qui met fin à la monarchie, le père inscrit son fils, qui a échoué dans ses études, au Berbeck Chemical Laboratory, à l'université de Londres. A 17 ans, George du Maurier, accompagné de toute sa famille, vit dans un appartement à Pentonville. Délaissant les études de chimie, George aspire un temps à devenir, comme son père auparavant, chanteur d'opéra, un art pour lequel il ne possède pas les qualités requises. Déprimé, il passe son temps à National Gallery, Covent Garden et au British Museum. En 1853, sa sœur Isabella le présente à une belle héritière, Emma Wightwick, qui deviendra sa femme une décennie plus tard.

1856-1860 études artistiques (France, Anvers, Malines, Düsseldorf)

Peu après le décès de son père en 1856, George du Maurier retourne à Paris pour y suivre des études artistiques. Une fois de plus, la famille entière l'accompagne et occupe un appartement 53 rue Notre-Dame-des-Champs. Il a décidé de devenir artiste et fréquente quelques mois l’atelier alors réputé de Charles Gleyre, où il se fait l'ami de jeunes peintres talentueux, dont l'américain James Whistler, de Thomas Armstrong (futur directeur artistique du South Kensington Museum) et Edward Poynter (devenu plus tard Président de la Royal Academy).

Le Quartier latin est alors, avec Montmartre, le quartier préféré des artistes. De nombreux peintres peuplent la rue : Carolus-Duran habite un studio au n°58 (son atelier est situé 81 boulevard Montparnasse, au bout du passage Stanislaus), Rosa Bonheur vit au 61, William Bouguereau au 75, Whistler au 86, etc.

Ses études le conduisent ensuite en Belgique, à Anvers où il perd l'usage de l’œil gauche, à Malines, en Allemagne à Düsseldorf puis le ramènent définitivement à Londres en 1860, en recherche de travail dans l'édition de presse. Finalement le magazine Once a week accepte de publier une suite d'illustrations d'après une histoire intitulée "Faristan et Fatima", puis son premier "cartoon" paraît dans Punch.

Années 1860-1870

Conforté par de nouvelles commandes et commençant à se faire un nom, George du Maurier se marie avec Emma Wightwick en janvier 1863. Deux années plus tard, il fera partie des employés permanents du magazine Punch et s'y maintiendra jusqu'à sa mort.
En 1866, il propose sa première œuvre majeure au magazine, une série intitulée A Legend of Camelot, satire visant les principales figures du mouvement esthétique représenté par Dante Gabriel Rossetti et Walter Pater, en particulier, et leur "culte de la beauté". Jusqu'en 1885, il poursuit dans une voie de satire sociale, avec des parodies des "nouveaux riches" et ironisant également sur les "patrons des arts"...





En 1869, George du Maurier et sa femme se joignent à la communauté "bohème" de Hampstead Heat et passent régulièrement leur vacances en Haute Normandie, à Dieppe, Le Havre ou Étretat. En 1874, ils se déplacent à New Grove House, toujours à Hampstead, dans une maison qu'ils occuperont pendant les vingt années suivantes. Du Maurier entretient des relations amicales avec John Millais, artiste pré-raphaélite, et l'écrivain à succès George Eliot, notamment. Durant les premières années 1870, il commence à souffrir de problèmes oculaires et doit, sur conseil médical, travailler à plus grande échelle, ce qui entraîne une perte de qualité de son travail graphique. George du Maurier publie également dans d'autres revues, dont Harper's Magazine : proses et caricatures qui fustigent la classe dominante et la petite bourgeoisie.

En 1878, croyant illustrer une nouvelle invention de Thomas Edison, le téléphonoscope, il invente sans le savoir le concept de la télévision et celui de la vidéo-conférence. De même que le roman Peter Ibbetson fait valoir la communication à distance entre deux êtres, nous qualifierions cette notion de "heureux hasard" ou "sérenpidité".
 
Les historiens sont unanimes à reconnaître dans ce dessin la première anticipation de la télévision, tenant compte de la mise au point du téléphone. Il est vraisemblable que du Maurier ait eu vent du téléphonoscope d'Edison, imaginé quelques mois plus tôt. La rumeur populaire avait attribué à l'inventeur la possibilité de communication à distance par transmission visuelle et sonore, alors qu'il s'agissait seulement de ce qu'on appellerait aujourd'hui un mégaphone (en 1890, l'auteur et illustrateur Albert Robida fit une description plus détaillée du téléphonoscope dans son roman d'anticipation "Le xxe siècle. La vie électrique", dans le sens qui convient à l'illustration de George du Maurier).

une autre illustration en relation avec Edison
Années 1880 à 1890

Dans les années 1880, il se joint au Rabelais Club, qui organise des dîners littéraires et qui compte parmi ses membres l'écrivain Thomas Hardy, dont deux romans - malheureusement mineurs - seront illustrés par du Maurier, puis Henry James, avec qui il sera aussi lié d'amitié. On doit noter que ses illustrations de romans et nouvelles forment une longue liste et que ses collaborations à d'autres publications de presse sont multiples. Toutefois, dans ces mêmes années, George du Maurier connaît quelques déboires, dont la plus importante est de ne pas avoir accédé comme il l'espérait au poste d'éditorialiste de Punch. C'est aussi au cours de cette période qu'il se tourne vers l'aquarelle, sans obtenir de résultat satisfaisant, étant fin dessinateur, non coloriste.


George du Maurier, romancier tardif à la postérité précoce : 1891-1896

Sa vue se détériorant, George du Maurier est contraint de quitter Punch en 1891. Au cours de cette dernière période, encouragé notamment par Henry James, il se met à écrire et rencontre alors un franc succès, dont hélas il bénéficiera peu longtemps. Trois romans seront successivement publiés, illustrés par ses soins, qui mêlent le réel au merveilleux : Peter Ibbetson (1891), Trilby (1894) et Le Martien (1897).

Peter Ibbetson (1891)
On dit que Du Maurier avait suggéré le sujet du roman à Henry James, qui déclina l'offre mais l'incita à l'écrire lui-même. C'est ce que dit Claude Roy dans sa présentation pour l'édition française, dans une traduction établie par Raymond Queneau (Gallimard, 1946), disant également ceci : "Et la merveille de ce merveilleux livre, c'est que les rêves de Peter Ibbetson sont si beaux que tout à fait vrais, et si vrais qu'inoubliablement beaux." Pourtant, si le livre reçut un bon accueil, il tomba dans un relatif oubli, avant d'être redécouvert grâce au film éponyme américain de 1935, réalisé par Henry Hathaway, qui suscita un vif intérêt des Surréalistes, faisant notamment dire à André Breton, dans L'amour fou qu'il s'agissait d'un "film prodigieux, triomphe de la pensée surréaliste".

 
Notons toutefois que le roman fut adapté et porté à la scène à Broadway en 1917, qu'il fit l'objet en 1921 d'un film muet intitulé Forever de George Fitzmaurice avec l'acteur Wallace Reid, d'un opéra de Deems Taylor et Constance Collier, représenté 55 fois entre 1931 et 1935, de théâtre filmé (Ford Theater) et d'une adaptation radiophonique dirigée et interprétée par Orson Welles (Campbell Playhouse Radio).

Trilby (1894)
Si Peter Ibbetson fut un succès, Trilby, le second roman, fut à son époque un véritable best-seller, numéro un des ventes de 1894, atteignant le chiffre de 300 000 exemplaires vendus à la fin de l'année. Le public autant que la critique adorèrent Trilby, qui raconte l'histoire d'une modèle pour artistes très pauvre, qui, sous l'influence hypnotique de Svengali, un musicien génial et maléfique, entre en transe et devient momentanément une chanteuse de talent. Évocation douce-amère de la vie de bohème française de l'auteur (l'action se déroule principalement dans le Quartier Latin), l’œuvre romanesque connut une popularité telle qu'il donna son nom à divers produits, en particulier à un chapeau, le « trilby », inventé à l'occasion d'une adaptation du roman pour la scène. L'intrigue de Trilby inspira en partie Le fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux. Il y caricature également, sous les traits de Joe Sisley, le peintre Whistler, son ancien compagnon d'atelier à Paris, qui fit un procès à l'auteur et le remporta.

La postérité de Trilby à la scène et à l'écran est elle-même impressionnante : sous son titre éponyme ou celui de Svengali, on dénombre 5 adaptations du temps du cinéma muet, de 1914 à 1927 ; le film américain Svengali d'Archie Mayo, en 1931, avec John Barrymore dans le rôle-titre ; une production anglaise en 1954, un téléfilm américain en 1983... Jusqu'à une plus récente adaptation télévisuelle, qui met en scène Jodie Foster en rock star, dans le rôle de Trilby...

 Le Martien (1897)
ce dernier roman dont l'écriture avait débuté fin 1894, ne connut pas le même succès. Publié un an après la mort de l'auteur, survenue à 62 ans, suite a une attaque cardiaque (comme son héros Svengali). George du Maurier ne mourut pas dans son cher Hampstead mais à Oxford Square, près de Hyde Park, où sa femme et lui étaient venus inexplicablement s'installer en 1895.
Quant aux nouvelles de George du Maurier, dont on ne connaît pas de traduction française, elles furent éditées en 1947.



Mort & descendance

La descendance de George du Maurier est enfin à mentionner : il est le père de l'acteur Gerald du Maurier et le grand-père de la romancière Daphné du Maurier. Par ailleurs, ses petits enfants nés de sa fille Sylvia (Llewelyn Davies) inspirèrent le roman Peter Pan de J. M. Barrie. George du Maurier repose au cimetière de Hampstead où se trouve inscrite l'épitaphe suivante, qui reprend les deux dernières lignes du roman Trilby, sa propre traduction d'un couple de vers de Léon Monté-Naken : "A Little trust that when we die / We reap our sowing. And so — good bye!" ce qui peut se traduire familièrement par : "Il est dit qu'en mourant on récolte ce qu'on a semé. Eh bien alors, salut !


Cette présentation de George du Maurier puise à de nombreuses sources qu'il serait difficile d'énumérer. Cependant, dans la plupart de ses détails biographiques, elle se réfère à l'article rédigé par Philip V. Allignham, qui a lui-même puisé sa matière en différents ouvrages, sur le site de Victorian Web (Faculty of Education, Lakehead University, Thunderbay, Ontario)

Liens


dimanche 3 avril 2016

Le second voyage lunaire du Baron de Munchausen

Au chapitre 16 de ses Aventures, le Baron de Munchausen fait état d'un second voyage dans la lune, effectué "d'une façon beaucoup plus agréable" et cette fois, d'une durée suffisamment longue pour en tirer "diverses observations"... Mais d'abord, concernant le motif de son expédition, il explique qu'un de ses parents s'est persuadé qu'il devait y avoir quelque part "un peuple égal en grandeur à celui que Gulliver prétend avoir trouvé dans le royaume de Brobdingnag". Notre vaillant Baron accepte d'accompagner ce parent (dont il nous apprend qu'il est le légataire) à la recherche de ce peuple, malgré sa totale incrédulité au sujet de l'existence de celui-ci.

En première étape, ils prennent la direction de la mer du sud, où un ouragan enlève leur bateau dans les cieux "à près de mille lieues", le maintenant ainsi pendant longtemps, avant que le vent ne gonfle les voiles et emporte les voyageurs au-delà... jusqu'à la lune, bien entendu.

Ils accostent donc cette "vaste terre, ronde et brillante, semblable à une île étincelante", en entrant dans un "excellent port". Le pays est habité, on y voit des villes, et la nature - arbres montagnes, fleuves, lacs - est tellement semblable à celle de la Terre qu'ils pensent être revenus sur la planète qu'ils ont quittée.

Ils voient sur la Lune de "grands êtres montés sur des vautours, dont chacun avait trois têtes". Ces oiseaux sont de très grande envergure ; tout d'ailleurs dans ce monde est extraordinairement grand : pour exemple, la taille d'une mouche lunaire équivaut à peu près à celle d'un mouton terrestre. A la période, le roi de la Lune est en guerre avec le Soleil (un scénario anciennement exploité par Lucien de Samosate).





















Les armes des guerriers lunaires ont des armes-légumes : des raiforts leur servent de javelots ou, selon la saison, des tiges d'asperges ; pour boucliers, de vastes champignons...

Ils croisent aussi des êtres extralunaires : des gens d'affaire, venus de Sirius, qui ont "des têtes de bouledogue et les yeux placés au bout du nez" et quand ils veulent dormir, ils se "couvrent les yeux avec la langue" (on présume qu'ils sont privés de paupières). Les particularités physiologiques de ces Siriens étonnent beaucoup nos voyageurs. Ainsi, pour s'alimenter, ils possèdent "sur le côté gauche un petit guichet" qui leur permet d'introduire directement la nourriture dans leur estomac ; ils réitèrent cette opération de mois en mois et jour pour jour.

Le Baron nous apprend que les "joies de l'amour sont complètement inconnues dans la Lune", pour la simple raison qu'il n'existe qu'un seul et même sexe. La reproduction est ainsi faite : "tout pousse sur des arbres, qui différent à l'infini les uns des autres, suivant les fruits qu'ils portent" et pour ceux de la reproduction "humaine", ils sont plus beaux et grands que les autres, avec "des feuilles couleur chair ; leur fruit consiste en noix à écorce très dure" et lorsque ces noix sont à maturation, on les cueille et on les conserve "aussi longtemps qu'on le juge convenable. Quand on veut retirer le noyau, on les jette dans une grande chaudière d'eau bouillante ; au bout de quelques heures, l'écorce tombe, et il en sort une créature vivante."

Ces créatures sont pré-déterminées : "d'une écorce sort un soldat" ou un philosophe, théologien, jurisconsulte, fermier... Et chacun, sans attendre, s'applique à sa tâche. Le Baron nous dit que la grande difficulté réside justement dans cette fonction prédéfinie mais impossible à prévoir.

Les gens de la Lune "n'éprouvent pas le besoin de boire, n'étant asservis à aucune excrétion. Ils n'ont à chaque main qu'un seul doigt avec lequel ils accomplissent toutes les tâches avec beaucoup d'adresse. Lorsque les créatures de cette planète deviennent vieux (car ils vieillissent), ils ne meurent pas mais se "dissolvent dans l'air et s'évanouissent en fumée."

Ils portent leur tête sous le bras droit et ont même la possibilité, en cas de grand mouvement, de la laisser "à la maison" sans rompre la communication. Les plus hauts fonctionnaires, chargés de la surveillance du peuple, envoient leur tête en reconnaissance et la rappellent à eux selon leur convenance. 

Une autre particularité physiques des habitant de la lune, des plus pratiques, est de se servir de leur ventre comme des gibecières : "ils y fourrent tout ce dont ils ont besoin, l'ouvrent et le ferment à volonté", cet emplacement du corps étant vide d'entrailles, de cœur et de foie.

Enfin, d'après les observations du Baron, dont il est inutile de louer l'objectivité, "on rencontre dans la lune, à chaque coin de rue, des gens qui vendent des yeux ; ils en ont les assortiments les plus variés, car la mode change souvent : tantôt ce sont les yeux bleus, tantôt les yeux noirs, qui sont mieux portés."

Nous ne sommes pas sans savoir quelle difficulté a connu le Baron pour accréditer cet ensemble d'observations. Lui-même, saisi par l'étrangeté de ce monde lunaire, a invité "ceux qui douteraient de sa sincérité de se rendre eux-mêmes dans la lune, pour se convaincre qu'il est resté plus fidèle à la vérité qu'aucun autre voyageur."