La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

lundi 14 décembre 2015

La Lune : voyages et spéculations, Suppléments I [1010-1623]

Votre lièvre précieux, infatigable rongeur, est heureux de vous informer que son dossier d'enquête des Voyages et spéculations lunaires s'est sensiblement épaissi. S'il est permis d'aller sur l'astre par divers moyens, certains transports tels que les voyages oniriques (ou mystiques) avaient été injustement délaissés, compte tenu de leur immatérialité. Et quand on y songe, les songes... oui, les songes peuvent se révéler troublants, plus proches parfois de la réalité, d'une réalité autrement révélée que par la voie scientifique, par la seule force de l'intuition ou de l'imagination. Dans la série des "Suppléments" qui seront mis en ligne successivement, il y aura donc quelques transports de ce genre, mais aussi - et encore - des conjectures, des considérations, des allégories, des paraboles... La lune a beaucoup fait écrire, pour de multiples motifs, cependant la majeure partie des textes se divise toujours entre utopies et dystopies, des modèles de sociétés parfaites ou décadentes ; il y aussi beaucoup de satires sociales et/ou politiques, et il est toujours pratique de se protéger de la censure par l'art de l'équivoque, en se positionnant ailleurs que sur notre planète. Il fut un temps où même les philosophes avaient de l'humour, écrivaient des contes féroces et charmants... 

1
Hakim Abu’l Qasim Firdawsi Tusi, dit FIRDUSI (vers 94- vers 1020)
Shah-Nama, ou Le Livre des Rois, circa 1010

Poème épique en langue persane de cinquante mille versets, la plus longue œuvre jamais écrite par un seul homme ! L'un des Livres contient un voyage dans l’espace et vers la Lune, à l’aide de quatre aigles accrochés à un trône, attirés par un morceau de viande tendu devant eux.


2
John LILY (v.1553/1554-1606)
Endymion, The man in the moone 1588
The woman in the moone, 1597

John Lyly naquit dans le Kent en 1554. Il entra au Magdalen College à Oxford en 1569 où il obtint son B.A. (Bachelor of Arts) en 1573 puis son M. A. (Master of Arts) en 1575. Il y fut plus remarqué par son "bel esprit" que par ses succès scolaires. Il s'installe à Londres et vit dans un premier temps sous la protection du Comte d'Oxford, Lord Burleigh. Il publia en 1578 Euphues : the Anatomy of Wit, suivi en 1580 par Euphues and his England, qui rencontrèrent tous les deux une grande popularité. Campaspe, son premier spectacle, fut joué en 1581 et la plus grande part de son œuvre dramatique le fut au cours de cette décennie. The Woman in the Moone, par contre, dut être joué plus tard, dans les années 1594-1595. En 1583, Lyly se maria avec Beatrice Brown, qui lui donna huit enfants. Dans ses dernières années, il vécut dans l'attente d'un titre d'honneur, espérant accéder à la charge de Maître des spectacles de la cour, mais malgré le succès qu'il avait gagné avec son travail littéraire, il ne put jamais obtenir de traitement de faveur. Il mourut en 1606. Lyly occupe une position importante dans le développement de la comédie sociale anglaise.

Endymion est une comédie du théâtre élisabéthain. Le spectacle offre un vivant exemple du culte de la flatterie à la cour d'Elisabeth I, et elle fut considérée sans conteste comme la meilleure pièce de Lyly, tant dans sa conception que sa réalisation. Le spectacle fut donné à Greenwich par les Enfants de St Paul, en 1588. Comme le titre l'indique, la pièce est basée sur l’histoire d'Endymion, mais le lien avec le mythe est assez mince : il est surtout le produit de l'imagination de Lyly, qui semble aussi avoir emprunté des éléments de dialogue entre la Lune et Vénus de Lucien de Samosate, d'autres provenant de la Commedia dell'arte et des comédies d'auteurs latins, tels que Plaute et Terence.
3
Michael DRAYTON (1563-1631)
The man in the moon, poème, circa 1605
poème satirique et fantastique

Poète anglais de l'ère élisabéthaine, Drayton semble avoir été en faveur à la cour et il espérait qu'il en serait de même avec son successeur, mais en 1603, quand il dédia un poème à James Ier en l'honneur de son accession au trône, il fut ridiculisé et ses services sévèrement refusés. L'amertume de l'écrivain trouva son expression dans une satire, mais il n'avait aucun talent pour ce genre de composition. En 1605, Drayton fit rééditer ses écrits les plus conséquents et rassembla également de plus petites œuvres jusqu'alors inédites, dans un volume non daté, mais probablement édité la même année, sous le titre Poems Lyric and Pastoral, composé d'odes, églogues et d'une satire fantastique intitulée The Man in the Moon. Michaël Drayton fut l'ami de quelques-uns des plus célèbres artistes de son temps, comme Ben Jonson. On dit que Shakespeare fut aussi l'un de ses amis.

4
Ben JONSON (1572-1637)
News from the New World Discovered in the Moon, 1620

Comédie de masques représentée pour la première fois devant le roi James Ier, le 7 janvier 1620, cette œuvre de Ben Jonson traite de l'évolution des connaissances liées au satellite terrestre par les astronomes de l'époque, dont le célèbre Galilée, au moyen des télescopes récents, dans la suite de l'opticien hollandais Hans Lipperchey qui avait fabriqué la première lunette d'approche en 1608. Leur observations, qui permirent de révéler l'existence de massifs montagneux ainsi que d'autres curiosités géographiques et géologiques à la surface de la Lune, furent considérées comme la découverte d'un "nouveau monde".




5
Charles Sorel, sieur de Souvigny (1602-1674)
Le songe de Francion, extrait de L’histoire comique de Francion, 1623
(extrait du Livre II (Livre III des éditions postérieures), connu comme "Le songe de Francion" ; le même ouvrage, considérablement remanié et augmenté, fut réédité en 1626 et là, au XIe Livre, se trouve le morceau que nous reproduisons, d'après l'édition de Leyde, chez Henri Drummond, 1686, t.2)

"Vous savez que quelques sages ont tenu qu'il y avait plusieurs mondes. Les uns en mettent dedans les planètes, les autres dans les étoiles fixes ; et moi je crois qu'il y en a un dans la lune. Ces taches que l'on voit en sa face, quand elle est pleine, je crois pour moi que c 'est la terre, et qu'il y a des cavernes, des forêts, des îles et d'autres choses, qui ne peuvent pas éclairer : mais que les lieux qui sont resplendissants, c'est où est la mer, qui étant claire reçoit la lumière du soleil, comme la glace d'un miroir. Eh, que pensez-vous, il en est de même de cette terre où nous sommes : il faut croire qu'elle sert de lune à cet autre monde. Or ce qui parle des choses qui se sont faites ici est trop vulgaire ; je veux décrire des choses qui soient arrivées dans la lune : je dépeindrai les villes qui y sont, et les mœurs de leurs habitants : il s'y fera des enchantements horribles : il y aura là un Prince ambitieux, comme Alexandre, qui voudra venir dompter ce monde-ci.
Cité par Pierre Versins, Outrepart (p.104-105, Lausanne, 1971)

Après quoi, le personnage nommé Hortensius continue de discourir et se lance dans d'autres considérations sur le microcosme, plagiant de façon manifeste Blaise Pascal, son contemporain : "or il n'y a si petit corps, qui ne puisse être divisé en des parties innombrables"...

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