La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

samedi 13 juin 2015

Histoire littéraire des fous, Octave Delepierre [1860]

En Angleterre, dit M. Delepierre, l'encouragement à la composition littéraire forme dans les établissements d'aliénés un moyen de guérison dont s'applaudissent les médecins spéciaux. The Crichton Royal Institution en Écosse, possède une presse dirigée par les habitants de l'établissement, au moyen de laquelle on y publie un petit journal mensuel intitulé : The New moon. On y .trouve les compositions en prose et en vers de ceux qui, dans leurs intervalles lucides, se sentent enclins à ce genre de distraction. Le Royal Edimburgh Asylum a, comme le précèdent, une presse et un journal mensuel intitulé : The Morningside Mirror, qui se publie régulièrement depuis douze années. Enfin l'hospice de Hanwell, l'un des plus importants de l'Angleterre, a établi un bazar où les diverses pièces écrites par les lunatiques sont exposées et vendues à leur profit. Un public nombreux visite ces expositions de publications fantaisistes tirées sur papier de couleur, ornées d'arabesques bizarres, dont la vente est parfois considérable.

La Revue anecdotique des excentricités contemporaines (premier semestre, année 1860)

Charles-Amédée Henri de Noé, dit CHAM : Nubis, voyage dans la lune [vers 1840]

Ce voyage dans la lune, écrit et dessiné par Cham (1818-1879), raconte l’histoire de M. Nubis, personnage-type du bourgeois du XIXe siècle, qui se prépare à partir en aérostat. La foule assiste à l'envol de l'audacieux voyageur, dont le départ manque cependant de brio : en effet, le décollage s'effectue alors qu'il a eu à peine le temps de se hisser dans la nacelle. Sans autre complication, le ballon et son passager s'élèvent ensuite rapidement dans les airs jusqu’à atteindre la Lune.

Cham adapte alors le langage aux circonstances : c'est ainsi que M. Nubis « prend lune avec ses provisions » ; plus tard, il « tombe à lune » puis mange des « pommes de lune frites ». Nubis rencontre les Luniens, qui sont habillés de blanc, ont une face rubiconde pourvue d'un œil unique. Pour se conformer à cette particularité et partir à la découverte de la Lune et de ses habitants, M. Nubis cache l’un de ses yeux au moyen d’un bandeau.

L’endroit se révèle assez invivable, c'est le moins qu'on puisse dire puisqu'il y fait très chaud le jour (3000 degrés au-dessus de zéro) et glacial la nuit (3000 au-dessous de zéro). Les journées ne comptent pas moins de 696 heures et les mœurs des Luniens étonnent : pour payer une marchandise ou un service, on botte les fesses du fournisseur.

A la suite de malencontreuses initiatives, M. Nubis est arrêté, conduit au tribunal et jugé. Pour se tirer de cette dangereuse affaire, il ôte son bandeau en plein prétoire, jetant l'effroi parmi les Luniens ; profitant alors de la situation, notre héros s’enfuit, quitte la Lune en sautant dans le vide, suspendu à un mouchoir de poche... Malheureusement, l’histoire s’arrête ici brusquement, en pleine action, sans que nous puissions connaître les motifs de cet abandon.

Nubis, Voyage dans la Lune, qui se trouvait dans la succession d’un descendant de Cham, a été acquis en 2006 par le Musée de la Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image, à Angoulême : non daté, non publié, ce récit se présente sous la forme d'un cahier cartonné/broché de vingt planches aquarellées. Dans sa présentation le CIBDI signale que le texte sous l'image est rapidement griffonné, parfois raturé. On y décèle l'influence du dessinateur suisse Rodolphe Töpffer, tant dans le genre que dans la forme du récit, de l'homme du commun emporté dans des aventures singulières dont il est le jouet.

Deuxième fils d’un pair de France, Cham est reconnu aujourd'hui comme l’un des grands dessinateurs de presse et caricaturistes de la seconde moitié du XIXe siècle, mais il fut de 1839 à 1843 le précurseur de la bande dessinée en France, publiant plusieurs albums (Histoire de Monsieur Lajaunisse, Aventures de Télémaque, fils d’Ulysse…) À partir de 1843 et pour plus de trois décennies, il devient caricaturiste pour Le Charivari puis L’Illustration. Cham meurt de phtisie à 61 ans, la même année que Daumier, qui était de dix ans son aîné.

Deux autres images du récit
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