La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

jeudi 19 décembre 2013

Bestiaire érotique, Jean-Luc Hennig [Albin Michel, 1998]

Pourquoi le lapin blanc a l’œil rose et le cul distrait

La Fontaine l'aimait bien, parce qu'il lui ressemblait. Il parle de son "œil éveillé", de son "oreille au guet", de son insouciance oublieuse qui le rend encore plus gai après ses rapides frayeurs. De son goût du bonheur, de sa légèreté. Oui, le petit lapin a bien des vertus. L’œil riant, des oreilles qui ressemblent un peu à la feuille de mâche, à la "boursette touffue" de Ronsard, et un nez qui se fronce à tout bout de champ, pour mieux sentir tout ce qui passe.

Ce n'est plus, comme on disait à Rome, une "bête issue de la terre", mais un être qui prend la vie comme elle va, aimablement. Un gentil polisson aussi, au poil gris mêlé de fauve (à l'état sauvage). Et une amusante garniture domestique, qui se fait dans tous les tons : d'un beau noir, ardoise, tacheté, isabelle ou même bleu. Mais quand il est blanc aux yeux roses, on le croit un peu fou, comme le lapin d'Alice qui dit toujours à mi-voix : "Oh, mon Dieu ! oh, mon Dieu ! Je vais être en retard !" Et quand il est vert, comme ceux qui étaient élevés au château ducal de Moulins, c'est qu'il a les oreilles bien longues, que c'est un va-de-la-lance, ami de la gaudriole et du reste, bref un chaud lapin. Un délice, quoi !

samedi 14 décembre 2013

Chang'e 3 ou le lapin de jade

"Lapin de jade" s'est posé sur la lune... Va-t-il enfin rencontrer son homologue le "lièvre lunaire" ?

Phonétique-fictions, Rémy Leboissetier [éditions Venus d'ailleurs, collection Pallas Hôtel / Porte J, 2013]

" In principio erat Verbum, de source biblique. Au départ, en tout cas, il y le A, le toit du monde, Himalaya qui abrite le grand Magistrat, le Kalife Alif, lançant d'un coup de glotte inaugural l'éclair vocalique et la foudre consonnante : Abracadabra ! ".

Quatrième ouvrage de la collection Pallas Hôtel et première entrée de la porte J (domaine du jeu : carte joker et jongleries), Phonétique-fictions rassemble 18 aventures luxuriantes et luxurieuses, entrelardées de virelangues. Après avoir sillonné les sentiers qui bifurquent des glossaires par différents moyens de logomotion, observé les configurations célestes et galeries souterraines des vocables, l'auteur nous invite à découvrir la « faune phonitruante et la flore verboyante » * de son album sonorifique, panorama paronymique en 17 vues conformes au nombre de phonèmes consonantiques de l'alphabet français (avec le A en supplément vocalique). Ouvrage à considérer comme un classique de l'allitérature, tout au moins comme un parfait manuel d'élocution et remède efficace pour les dyslexiques.


* Expression de Robert Escarpit, tirée de Vocabulosaure.


Le lecteur-explorateur fera successivement la connaissance de l'Archimage Abraham, taillé à cent carats en baccarat d'Ankara ; de Baby Bibendum, chérubin ébaubi avec bibelots en ribambelle ; d'Ulysse chassant le cétacé et de Circé, la fiancée suspicieuse ; du Dandy de Dundee, dindonneau d'ardeur débordante et d'allure dégingandée ; d'un fier funambule, fildefériste efflanqué ; de Grégoire, gringo des garrigues, avec son galago gouailleur et sa guenon guinéenne ; d'un chamelier chenu qui cloche de la hanche gauche ; d'un Don Juan déjoué par des femmes vengeresses, mangeuses de gingembre ; d'Aki le kamikaze, encaqué dans un coucou rustique ; de Lilith, à la pâleur liliale, en lutte avec le mâle originel ; d'un mamelouk polygame souffrant d'inflammations rhumatismales ; d'Anna, nonne et naine, béguine de bonne aubaine ; d'un pope propret portant un peplum de pourpre popeline ; d'Aurore Perlerare, aux prises avec le roublard Léonard, qui préfère mourir sans remords en recourant au curare ; d'une statuette hottentote aux tétons tatillons ; de Victor et Viviane, bivalves bavant d'amour sur la grève ; de Zazie, zoolâtre, qui rêve des îles Zanzibar ; et pour finir en bonne moralité, la série se conclut par la fable du gnou (hargneux) et de l'agneau (mignon).

Enfin, parmi les virelangues les plus retors qui servent d'interludes à ces histoires, proposons celui-ci, à répéter 3 fois au moins le matin à jeun :

" Le chat gris tigré intriguait Greta ".


Couverture originale de Benjamin Monti, bichromie jaune/noir
86p., 10,5 x 21cm, 505 exemplaires, dont :
500 exemplaires courants + 5 numérotés, comportant un dessin original de Benjamin Monti.

jeudi 24 octobre 2013

Les boutiques de cannelle, Bruno Schulz [Denoël, 1974]

La poésie, ce sont des courts-circuits de sens qui se produisent entre les mots, c'est un brusque jaillissement de mythes primitifs.
[…] La fonction la plus primitive de l'esprit est la création de contes, « d'histoires »
[…] La poésie reconnaît le sens perdu, elle restitue aux mots leur place, les relie selon certaines significations. Manié par un poète, le verbe reprend conscience, si l'on peut dire, de son sens premier, il s'épanouit spontanément selon ses propres lois, il recouvre son intégralité. Voilà pourquoi toute poésie est création de mythologie, tend à recréer les mythes du monde.
(…) La poésie atteint le sens du monde par déduction, par anticipation, à partir de grands raccourcis et d'audacieux rapprochements (…) Infatigablement, l'esprit humain ajoute à la vie ses gloses – des mythes -, infatigablement il cherche à « conférer un sens » à la réalité. (…) Conférer un sens au monde est une fonction indissociable du mot. (…) Le poète rend aux mots leur vertu de corps conducteurs, en créant des accumulations où naissent des tensions nouvelles.

La mythification de la réalité (Les boutiques de cannelle), Bruno Schulz
traduction de Thérèse Douchy




Adaptations cinématographiques :

Wojciech Has, La Clepsydre, 1973


Stephen Quay et Timothy Quay, La rue des crocodiles, 1986

 

Barry Flanagan [1941-2009]

Barry Flanagan naît dans le comté de Flint, au nord du pays de Galles. À l'âge de 16 ans, il commence à suivre des cours d'architecture au Birmingham College of Art and Crafts et suit en même temps des cours de dessin. Il apprend par la suite à modeler, à mouler et à tailler la pierre. Il fréquente ensuite différentes écoles de beaux-arts et passe trois mois à la St. Martin’s School of Art, où il suit les cours du soir du sculpteur Anthony Caro.

En 1963, Barry Flanagan épouse Sue Lewis, étudiante en scénographie. Le couple habite d’abord à Bristol puis emménage à Cambridge, dans le comté de Gloucester, pour s’occuper d’un magasin d’antiquités. C'est l'époque des rencontres… Flanagan découvre Alfred Jarry et devient un adepte de sa "science des solutions imaginaires". Il rencontre Joan Miró au vernissage de son exposition à la Tate Galerie. Il crée l’hebdomadaire Silâns avec Rudy Leenders et Alaister Jackson, participe avec Yoko Ono et Tony Cox à "Destruction in Art Symposium" puis réalise en 1966 sa première exposition personnelle à la Rowan Gallery de Londres, galerie à laquelle il restera fidèle jusqu'en 1975.

De 1967 à 1971 il enseigne à la St Martin's School of Art et à la Central School of Art Crafts à Londres et expose dans des institutions prestigieuses à travers tout le Royaume-Uni. Durant cette période, il réalise sa première œuvre en bronze et fait sa première visite à New York à l'occasion d'une exposition à la Fishbach Gallery, suivie d'une visite au Japon en 1970. En 1971 il contribue à un film coréalisé avec Alan Seckers à la Hayward Gallery de Londres.

À partir des années 1980, son œuvre connaît un essor sans précédent. Ses sculptures monumentales investissent les plus grands musées du monde : Londres, Tokyo, New York, Paris… En 1980 a lieu sa première exposition de bronzes à la Galerie Durand Dessert. En 1982, Barry Flanagan avait représenté la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise et exposé un lièvre de 2,50 mètres de long à la Documenta VII de Kassel. En 1984 il participe au Liverpool Garden Festival et produit à cette occasion des sculptures de marbre disposées au Watlington Park, quatre sculptures de bronze ("Baby Elephant", "Hare on Bell", "Nine Foot hare", "Horse and Cougar").


En 1987, après avoir été élu associé de la Royal Academy of Arts de Londres l’artiste s’installe à Ibiza pour, selon ses dires, "débuter une nouvelle vie". En 1993-1994 a lieu une rétrospective majeure sur son œuvre organisée par la fondation "Caixa", la même année il crée en France le Centre de Sculpture à Montolieu, avec Louise Romain et John Cockin. Jusqu'à sa mort, en 2009, il était Président d'Honneur de cette association.
Pour en savoir +

lundi 30 septembre 2013

City of mirrors, Motor Totemist Guild [Cuneiform records, 1999]

Fondé en 1980 par le compositeur James Grigsby et la vocaliste/poète Christine Clements, Motor Totemist Guild s'investit au cours des années 70 dans l'étude et la pratique de la musique électronique, le chant polyphonique de la Renaissance, le rock progressif, le sérialisme post-Webern, le gamelan balinais et le punk-jazz. Après un déplacement à Los Angeles, Grigsby et Clements réalisent en 1984 leur premier projet, Infra Dig, enregistrement qui s'appuie sur un large ensemble de musiciens et lance le label Rotary Totem Records. 

Gerald Lokstadt parle de leur approche éclectique : « leur style peut osciller du blues/jazz à Elliot Carter, parfois au sein d'une même composition ! » Il a également remarqué que "leur nom est une parodie se référant à chaque artiste se réclamant d'une école ou d'un mouvement", bien que Grisby assure que c'est une référence à la technique introduite par le compositeur futuriste Italien Luigi Futi.  

Au cours des années 80, MTG réalise plusieurs albums et se produisent souvent en concert dans la région de Los Angeles avec un groupe de musiciens issus de California Outside Music Association (COMA) et Independent Composers Association (ICA). Après le départ de Clements en 1985, MTG continue comme groupe instrumental, combinant l'improvisation et la musique de chambre électrique de Grigsby.

En 1987, la flûtiste et chanteuse Emily Hay se joint au groupe et à la fin de cette décennie, MTG se présente en sextet, avec les percussionnistes Eric Strauss et David Kerman, collaborant avec des formations très diverses comme 5uus's et le Contemporary Music Ensemble, prenant part aussi à des échanges culturels avec des musiciens du Cambodge et du Laos (deux enregistrements de cette période sont disponibles sur le label allemand No Man's Land).

Années 90

En 1989, Grigsby et Hay se joignent à David Kerman (percussions) et Sanjay Kumar (claviers) du groupe 5uu's pour former un nouvel ensemble, appelé U Totem. La même année, ils sont invités en concert en compagnie du Penguin Cafe Orchestra, Caspar Brotzmann, Bill Frisell et Michael Nyman pour International Art Rock Festival à Francfort. En 1990, avec l'adjonction de Eric Johnson-Tamai (basson), ils jouent au New Music America Festival de Montréal, partageant l'affiche avec le quartet de guitares de Fred Frith. La formation en quintet de U Totem, augmentée de plusieurs musiciens invités en studio, enregistre deux albums CD pour Cuneiform Records : U Totem (1990) puis Strange Attractors (1994). En 1993, ils retournent en Europe pour une suite de concerts au Pays-Bas, en Allemagne, Belgique et Suisse.

Le projet City of mirrors

C'est à Amsterdam, au moment de la tournée de U Totem en Europe, que le cadre du projet City of mirrors se met en place. «  J'eus le plaisir de rencontrer le compositeur renommé allemand, Louis Andriessen, qui attira mon attention sur Stan Keaton, un musicien américain de l'époque des grands orchestres du swing jazz qui, à la fin des années 1940, avait rassemblé un ensemble de 40 musiciens incluant une section de cordes complète. City of lights (sorti en 1951) ressortit à différents genres : synthèse de jazz et de classique, de musique instrumentale et expérimentale avant-garde... « Les arrangements de ce disque, en particulier ceux qui furent réalisés par Pete Rugolo et Bob Graettinger étaient surprenants par leur mélange de styles, qu'on ne pourrait ranger ni en jazz ni en classique, avec l'intention implicite de porter le langage musical plus avant. La découverte de cette musique servit d'impulsion pour créer une nouvelle version de Motor Totemist Guild, telle qu'elle apparaît dans l'album City of mirrors. »


Le projet All America City

Pendant la composition et la production de City of mirrors, Grigsby travaille parallèlement à un autre projet musical, lié à un film original intitulé Yu Gakusei (Parachute Kids). Cette musique s'écarte de City of mirrors, écrit pour un grand ensemble et destiné à être joué en public. All America City, sur un autre versant, fut créé entièrement en studio, et met l'accent sur toute une gamme de tonalités et des effets possibles d'échantillonneurs, ordinateurs et autres potentialités techniques de studio. Un petit ensemble de musiciens, parmi lesquels figurent Bridget Convey (piano), Rod Poole, (guitare) et Hannes Giger (contrebasse) fut utilisé en studio pour créer un espace sonore clairsemé mais complexe. L'album fut réalisé en 2000 (Rotary Totem).


 



samedi 31 août 2013

La barque silencieuse, Dernier royaume VI [extrait], Pascal Quignard

Arnold Bocklin, L'île des morts (version 3) - 1886
« Le suicide est certainement la ligne ultime sur laquelle peut venir s'écrire la liberté humaine. Elle en est peut-être le point final. Le droit de mourir n'est pas inscrit dans les droits de l'homme. Comme l'individualisme n'y est pas inscrit. Comme l'amour fou n'y est pas inscrit. Comme l'athéisme n'y est pas inscrit. Les possibilités humaines sont trop extrêmes. Elles sont trop antisociales pour être admises dans le code qui prétend régir les sociétés. Car un homme naît croyant comme un lapin est ébloui par les phares. »

vendredi 16 août 2013

Un lièvre de levé !

Parmi tout un peuple de sculptures (on en dénombrait 333 à l'origine), un lièvre de levé sur le portail de l'église Notre-Dame de Caudebec-en-Caux (Seine-Maritime), à côté des saints et autres personnages rythmant la vie quotidienne de l'époque, dont un joueur de loure (la loure écrit aussi loûre, était un instrument à vent normand de la famille des cornemuses), qui constitue une des rares représentations de cet instrument de musique disparu.
Gravement endommagés par les calvinistes d'abord, pendant les guerres de religion, ensuite par les incendies qui firent suite au bombardements allemands de juin 1940, les petits personnages merveilleusement sculptés ont été en partie restitués, en façade sud-ouest, selon leur ordonnance et aspect d'origine.

vendredi 2 août 2013

Les sept types en or : Gabriel et Marcel Piqueray [1920-1992/1997]

Jumeaux univitellins, les frères Piqueray sont nés à Bruxelles. Ils avaient pour grand-père paternel Georges Piqueray, qui fut membre de la "Jeune Belgique" et ami de Verhaeren, de Maeterlinck et de Van Lerberghe. En 1927, grâce à leur tante, Mariette, ils découvrent non seulement la musique de Maurice Ravel, mais aussi le jazz, qui sera une découverte essentielle pour eux et dont l’influence est déterminante sur leur univers mental.

En 1936, Gabriel Piqueray, alors élève à l’Athénée royal d’Etterbeek, y rencontre Marcel Lecomte, qui y exerce la fonction de surveillant. Cette rencontre est décisive en matière d’écriture. En 1939, Marcel Piqueray rencontre à son tour Marcel Lecomte, qui met alors les deux frères en rapport avec Paul Colinet, qui leur présente le peintre Armand Permantier : autre rencontre bouleversante et déterminante pour Gabriel et Marcel Piqueray.

Gabriel est décédé le 2 août 1992. Son frère Marcel le suivra à sont tour quelques années plus tard. Les frères ont toujours signé en commun mais n’ont pour autant pas écrit de textes en commun : leur caractère, leur tempérament personnel étaient marqués différemment et ont souvent donné lieu à de violentes altercations orales ou écrites ; pour autant, dans une lettre du 6 décembre 1944 à Paul Colinet, Marcel Piqueray précisait :
« ... une signature, un indicatif, comme dirait la radio ; un indicatif général de l’ÉTAT D’ESPRIT piqueriste », telle était bien le motif de leur commune signature au-delà de leurs différences, l’un, Gabriel se réclamant du monde gréco-romain, l’autre, Marcel, se définissant comme catholique romain et proche de la judéité.



Les frères Piqueray publient en 1941 leur premier livre, Au-delà des gestes. Ils collaborent par la suite à la revue manuscrite Vendredi réalisée par Paul Colinet en un seul exemplaire pour son neveu (1949-1951), à La carte d'après nature de Magritte (1952-1956), à Temps mêlés fondé en 1952 par André Blavier, ainsi qu'au Daily-Bul, fondé en 1953 par André Balthazar et Pol Bury et au Petit Jésus de Noël Arnaud (1951-1963).


De 1960 à 1980, Gabriel et Marcel Piqueray ont été, aux côtés de Théodore Koenig, Joseph Noiret, Marcel Havrenne, parmi les sept codirecteurs de la revue Phantomas (1953-1980), avec François Jacqmin, Paul Bourgoignie et Pierre Puttemans.

AFFECTIF LOINTAIN – ÉROTIQUE VOILÉE

M. et G. Piqueray tiennent la poésie pour un état de second ordre. C'est à l'amour, à la fois incertain, inconnu, angoissé, qu'ils accordent la première place. Il s'agit de la dimension la plus occultée de leurs écrits, celle que l'on feint d'ignorer, délibérément. Parce que, tout comme l'écrivait Francis Picabia : « Pour que vous aimiez quelque chose, il faut que vous l'ayez vu, entendu depuis longtemps... » Pour les frères Piqueray, il n'importe pas d'exprimer une sorte d' « idéal » de l'éternel féminin, mais bien de montrer leur tendresse envers la femme et non « les femmes ». Cette tendresse se traduit en termes d'affectif lointain et d'érotique voilée, particulièrement sensibles dans leurs proses poétiques. […] Un goût certain pour l'amour courtois transparaît aussi dans Poudres lourdes. L'érotique voilée apparaît dans La belle saison, « où une femme très chaste d'allure, de langage » prononce avec distraction suffisamment concertée pour susciter le désir, « les mots praline, bijou, humide, jardin »...


POUR SOLDE DE TOUTE LITTERATURE

Il n'y a pas eu, pour les frères Piqueray, volonté de faire œuvre. Si elle existe, elle s'est constituée malgré eux, au fil des publications périodiques, au gré de l'intérêt marqué par quelques éditeurs […] Bien que la chose n'ait pas été préméditée, M. Piqueray liquide en toute liberté les formes littéraires – dans ce qu'elles ont de terrorisant. Ce démantèlement ne passe pas par le manifeste ou la dénonciation, mais par une subversion introduite au cœur mes des conventions du langage..


SÉISMES

Les Non inhibited poems ont été écrits par M. Piqueray dans une période d'extrême détresse personnelle, entre 1949 et 1954.../... Le réel l'a à ce point pris à la gorge, qu'il le restitue en textes qui sautent au visage, comme la lave contenue sous la croûte, qui incube puis explose. Ce séisme dans le langage n'est pas né d'un projet. M. Piqueray ne s'est pas installé à sa table de travail et d'écriture (il n'en a pas) en se disant : « à présent, nous allons écrire des poèmes non-inhibés ». Il a vécu cet état de non-inhibition, de sans-gêne absolu.


ATTEINDRE LE LECTEUR AU PHYSIQUE

Lorsque M. Piqueray nous déclarait : « Je suis un excessif, en tout », il ne se référait sans doute pas à Freud et sa théorie relative aux trois étapes que traverse la sexualité : orale, anale, génitale. Toutefois, les Non inhibited poems n'auraient pas mérité leur titre s'ils avaient tu ce qui passe par nos orifices naturels. Que cela plaise ou non, les textes des frères Piqueray atteignent le lecteur au physique.

Extraits de la Lecture de Philippe Dewolf pour l'édition de Au-delà des gestes et autres textes (Editions Labor/Espace Nord, 1993) 

MAGIE DU MYSTÈRE
 
La Salle de Feu est de proportions infinies.
Les murs de la Salle de Feu sont en souple peau de bouchon. 
La vaste chambre se trouve, tout entière, entourée de bancs de pierre bleue sur lesquels sont disposées, à intervalles réguliers, d'immenses vasques de craie emplies, jusqu'aux bords, de grenailles de plomb.  
Aux murs pendent des calebasses d'or gonflées de mies de pain. L'on voit aussi, descendant du plafond vers le sol, de longs chapelets dont chaque grain a la grosseur d'une tête d'homme : ce ne sont que des boules de feutre blanc d'où surgissent de minces dagues de verre.
C'est au centre même de la Salle de Feu que se situe le Bassin Maudit. D'une capacité énorme, il contient un liquide qui possède exactement la couleur de l'arc-en-ciel.
Quand le Grand Silence règne sur la Salle de Feu, six femmes masquées viennent s'étendre en bordure du Bassin Maudit.
Mais au moindre bruit, elles se lèvent aussitôt, puis exécutent une Ronde Sacrale que l'on appelle aussi la Danse des Flammes.
Effectivement, ces femmes, au fur et à mesure que se développent leurs évolutions chorégraphiques, deviennent phosphorescentes et finissent, à la longue, par se couvrir de flammes aux nuances fertiles. 
Torches vivantes, elles tourbillonnent jusqu'au moment où le Grand Silence visite à nouveau la Salle de Feu.
Il paraît que la Salle de Feu est dédiée à la Magie du Mystère.


Extrait de Les poudres lourdes (Paris, Fontaine, coll. L'Âge d'or, 1945)

CLITARABELLES (extrait)

à Brigitte Evers

Jacqueline

et Moniquendam
à genoux
lèvres pressées
et tambours au repos
provoquent un grave appel
de leurs seins
tels
au fond d'un ravin
deux malandrins
vus

entre chien et loup
 

et les filles d'or
aux jambes hautes
sous la peau claire
du ciel frais
sens dessus dessous



Une question souvent posée à propos du travail sur le langage mené par les frères Piqueray a trait à leur proximité ou leur appartenance au mouvement surréaliste. Cette question n’est pas sans importance. Elle nous permet de comprendre ce qui différencie les Piqueray et leur conception de l’humour des poètes surréalistes français. De distinguer aussi en quoi leur humour est profondément belge et non pas français. Marcel Piqueray a toujours insisté violemment sur le fait qu’ils n’étaient pas surréalistes. Lors d’un entretien que j’ai eu l’honneur de susciter avec le meilleur critique de leur œuvre, Philippe Dewolf, et de publier, Marcel Piqueray disait : « Il y a sans doute dans l’opinion que les gens se font de l’œuvre des Piqueray une assimilation abusive au surréalisme. Je n’ai jamais tenu, personnellement, Marcel Lecomte pour un surréaliste. Paul Colinet non plus. Mais je crois par contre Paul Nougé surréaliste. Et ayant dîné 52 mardis avec Magritte (pour débattre d’un sujet que je considère comme extrêmement ennuyeux : Dieu) je puis dire que Magritte est un peintre surréaliste et que le seul surréaliste vivant encore en Belgique est Marcel Mariën. A propos du surréalisme, il disait que si l’on écrit avec une méthode surréaliste de tristes imbécillités, cela reste de tristes imbécillités. Et il ajoutait : sans excuse. Et s’il est un fait que nous avons traîné longtemps derrière nous cette étiquette de surréalistes, c’est que nous avions fréquenté Magritte ou des personnes comme Colinet ou Lecomte, qui étaient tangents au surréalisme ».
Éric Brogniet

mercredi 31 juillet 2013

Complément au Ciné-journal, Serge Daney [Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma, 1998]

L'académisme et l'allumage du feu

Car, qu'est-ce que l'académisme, enfin ? N'est-ce qu'un style, un défaut, un manque ? Non, l'académisme, c'est l'esthétique du nihilisme (et le refuge des non-dupes professionnels). Cela n'a rien à voir, on s'en doute, avec l'optimisme et le pessimisme.../... L'académisme (oui, celui-là même qui revient de partout et qui nous donne le sale sentiment d'un retour aux « cinémas de qualité » des années cinquante) n'est jamais que le sérieux désabusé avec lequel on adopte la forme la plus traditionnelle et la plus usée pour signifier par là qu'aucun contenu ne mérite d'être travaillé par le souci d'une forme nouvelle. C'est une démission certes, mais quant au fond aussi.
Entre ces deux entités qu'il s'en voudrait de bousculer (le « grand livre » à adapter et le « grand public » à édifier), l'académisme maintient la distance (comme on dit « garder ses distances »). Le public est seulement pris à témoin d'une opération impeccable qui le concerne vaguement mais ne l'implique jamais.
…/... Quand on ne veut pas du tout « jouer » avec son public, on n'arrive même plus – c'est normal – à lui raconter une histoire.../... Un cinéaste, surtout lorsqu'il s'affronte à un « grand sujet », c'est quand même quelqu'un qui allume un feu entre son film et nous. Pour nous réchauffer, pour jouer avec, pour mériter le risque de s'y brûler. Enlevez ce risque et le cinéma devient une pauvre chose. Décente et morte.

Chronique du 15 novembre 1984, à propos de 1984 de Michael Radford adapté de 1984 de George Orwell.

La fable du crocodile et l'usage de la vérité, René Daumal [1908-1944]

Mot moteur, mot mental, mot menteur,
moment moteur, moment tel
qu'en cet instant si tu t'installes en ton essence
tu te meus, tu t'émeus et tu mens
selon le mot émis par moi.

Je dis mentir, c'est l'acte mental. Mentaler serait barbare. Et c'est bien dit. La vérité ne se meut pas, ne s'émeut pas, ne se ment pas. Elle n'est pas dans l'espace.
Parler vraiment, c'est mentir exprès, pour suggérer la vérité. Si je te dis : le chien est carnivore, c'est mentir, car il n'y a pas le chien, mais des chiens ; mais ce mensonge te suggère le concept viande ; c'est donc qu'il rentre dans cet autre concept, mangeur de viande. Mais qu'est-ce que manger de la viande en général ? Ça ne nourrit pas. À force de te mentir, à la fin peut-être tu n'y tiendras plus et tu formeras une idée, tu formuleras une loi. C'est là que le poète veut en venir.
« Marche ! Halte ! » ce sont des mots moteurs. Leur contradiction engendre l'ahurissement, l'irrésolution ou, si tu y penses, l'idée de marche.
On m'a raconté l'histoire, orientale comme toutes ces histoires-là, du crocodile qui, installé à un gué, dévorait les passants ; il avait réellement entendu les bipèdes parler de vérité, et de ce qui est vrai, et de ce qui n'est pas vrai, qu'il commença à s'interroger dans sa cervelle plate, qu'est-ce que c'était que ça ? Il finit par se dire : eh bien, j'interrogerai le prochain qui passera. Une femme passe, et il lui dit : « Si tu me dis la vérité, je ne te dévorerai pas. » Et elle : « La vérité, c'est que tu vas me dévorer. » Alors quoi ? Le malheureux grande-gueule n'a jamais pu sortir de là. Si l'on nous disait la vérité, nous resterions comme lui, bouche bée, incapable d'en faire usage.

Suggestions pour un métier poétique (in Les pouvoir de la parole, Essais et Notes II)

jeudi 25 juillet 2013

Ciné-Journal, Serge Daney [Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma, 1998]

Le mythe et l'atlas

À tous égards, c'est une position curieuse qu'occupe Serge Daney, en tant que critique de cinéma et de « regardeur-regardé », mais c'est aussi une position curieuse qu'il occupa au cours de sa vie physique, entre le siège de la « salle obscure » et son nomadisme, lui qui s'est tout de suite reconnu citoyen du monde, allant de pays en pays, vérifiant la promesse d'images, virtuelles ou non, réarrangées sur l'écran de cinéma ou incarnées sur le territoire du réel, à partir de la carte, qui lui sert de moteur « action » (et de mise en mouvement). Entre l'afflux des images en lieu clos et l'influx de l'espace ouvrant des voyages. Dans l'extrait vidéo, qui concerne l'atlas, il s'en explique très bien. Serge Daney s'exprime avec une éloquence qui nous paraît toute naturelle et possède surtout, ce qu'on peut encore vérifier trente ans après, une lucidité dont la pointe n'est aucunement émoussée (elle en est même encore plus aiguisée aujourd'hui). Il est bon de relire les chroniques de son ciné-journal, de voir en intégralité les entretiens filmés et de reconsidérer l'ensemble de ses écrits pour bien se repositionner nous-mêmes, par rapport à l'état actuel du cinéma, l'éclatement des dispositifs visuels et de nos moyens de communication. Du coup, on regrette que Daney, mort des suites du sida en 1992, n'ait pas pu vivre pleinement l'ère de l'internet parce qu'il aurait très certainement apporté un regard critique de premier ordre sur cette nouvelle source, pleine de potentiel mais rapidement noyautée par le mercantilisme et piégée par les effets du narcissisme.

Sur le mythe, il apporte aussi des choses essentielles, au détour d'une chronique consacrée au festival de Cannes de 1984 où deux films – deux œuvres cinématographiques, osons-le dire – se trouvaient alors en « compétition » : Paris, Texas de Wim Wenders, qui obtint la Palme d'or, et Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone :

« Les mythes, explique Mircéa Eliade, c'est toujours plus ou moins un récit qui répond à une question : comment quelque chose (ou quelqu'un) s'est mis à exister. Ex-nihilo. Comment ça revient de nulle part. Les héros de Wenders et de Leone reviennent de nulle part. Il y a un « trou » dans leur vie : quatre ans pour Travis, plus de trente pour Noodles, soit trente-quatre ans dont nous ne saurons rien. Une « absence à eux-mêmes » qui les oblige ensuite à tout recomposer, patiemment.
Car, nous ne sommes plus à l'époque – naïve avec le recul – où il semblait si souhaitable et si facile de tout « démystifier », à commencer par l'Amérique. Nous ne croyons même plus que la psychanalyse soit notre dernière façon de nous arrimer, grâce à nos névroses, à du mythe (Oedipe and Co).
Il y a quelques années, l'itinéraire de Travis (prodigieux Harry Dean Stanton), nous l'aurions analysé comme une reconquête-puzzle du « moi » aux prises avec un « ça » enfoui et un « surmoi » inhibant. Wenders aussi sans doute. Cela, c'était Au fil du temps. Cela, c'était Il était une fois dans l'Ouest (Ah, le flash-back « joue pour ton grand frère ! »), histoires de traumas et de guérisons qui avançaient comme des récits d'analysants, avec des digressions (l'opéra, l'errance) et des parenthèses. Le savoir sur le mythe, d'aujourd'hui, ne sert à rien. Seul compte le goût de déplier les histoires dont le mythe est porteur. Et là, on peut dire que Leone se résume et se déchaîne et que Wenders se reprend et s'éclate. »

D'où découle la question finale : la poutre-maîtresse qu'est le mythe est-elle toujours porteuse ? On voit que, soumise à forte pression, elle s'affaisse dangereusement, au point de rompre et d'entraîner la ruine de l'édifice, de l'ensemble de la « maison cinéma ». Pour d'autres, moins optimistes (ou plus pessimistes), il est évident que cette maison s'est depuis déjà longtemps écroulée... que cela se reconstruit sur d'autres modes et passe par d'autres voies. À tous égards, c'est une position curieuse que celle du spectateur actuel, qui fait que le regardeur se sent justement de moins en moins regardé.

extrait de Serge Daney, itinéraire d'un cinéfils, entretien avec Régis Debray, réalisé par Pierre-André Boutang et Dominique Rabourdin (1992)

samedi 6 juillet 2013

Mary Poppins, P. L. Travers (1899-1996)

D'autres mondes, d'autres temps existent par-delà les mondes et les temps que nous connaissons. Tous sont vrais, tous sont réels, et, comme le savent les enfants, tous s'interpénètrent.

- Ça ne peut pas être une vraie lune n'est-ce pas ?

Le Soleil répondit : Qu'est-ce qui est réel, et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Peux-tu me le dire ? Peut-être n'en saurons-nous jamais plus que ceci : il suffit de penser une chose pour la rendre réelle.


Et ainsi, Michael appris qu'il tenait la Lune dans ses bras, et pourquoi il la tenait vraiment.

- Alors, dit Jane avec étonnement, est-il vrai que nous sommes là ce soir ou alors pensons-nous seulement l'être ?

Le Soleil sourit à nouveau, un peu tristement.

Mon enfant, dit-il, ne cherche pas plus loin ! Depuis le commencement du monde, tous les hommes se posent la même question. Et moi-même, qui suis le Seigneur du Ciel, je ne connais pas la réponse !

Pamela Lyndon Travers sur Wikipedia
Sa biographie (en anglais, beaucoup plus complète)

P.S. Merci à Anatole, le stalker et  "marcheur lent"...



samedi 15 juin 2013

L'éléphant dans la lune [Samuel Butler, Jean de la Fontaine]

Le point de départ de la fable « Un animal dans la lune » de Jean de la Fontaine semble être « Elephant in the moon », un poème satirique de l'écrivain anglais Samuel Butler (1612-1680), dans lequel la Société royale de Londres (une académie des sciences, fondée en 1660) était ridiculisée. La Fontaine avait certainement eu connaissance de ce poème, non encore publié (il ne le sera qu'en 1759), par ses amis de Londres, parmi lesquels St Evremond.
Mon âme en toute occasion
Développe le vrai caché sous l'apparence.
           Je ne suis point d'intelligence
Avecque mes regards peut-être un peu trop prompts,
Ni mon oreille lente à m'apporter les sons.
Quand l'eau courbe un bâton,  ma raison le redresse,
            La raison décide en maîtresse.
            Mes yeux, moyennant ce secours,
Ne me trompent jamais, en me mentant toujours.
Si je crois leur rapport, erreur assez commune,
Une tête de femme est au corps de la lune.
Y peut-elle être ? Non. D'où vient donc cet objet ?
Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
La Lune nulle part n'a sa surface unie :
Montueuse en des lieux, en d'autres aplanie,
L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent,
            Un homme, un bœuf, un éléphant.
Naguère l'Angleterre y vit chose pareille,
La lunette placée, un animal nouveau
            Parut dans cet astre si beau ;
            Et chacun de crier merveille.
Il était arrivé là-haut un changement
Qui présageait sans doute un grand événement.
Savait-on si la guerre entre tant de puissances
N'en était point l'effet ? Le Monarque accourut :
Il favorise en Roi ces hautes connaissances.
Le Monstre dans la Lune à son tour lui parut.
C'était une Souris cachée entre les verres :
Dans la lunette était la source de ces guerres. 
 
Un animal de la lune, Jean de la Fontaine (extrait)
illustrations de Gustave Doré

dimanche 9 juin 2013

La môle ou le poisson-lune


La môle (Mola mola), appelée aussi poisson lune, est l'une des plus lourdes espèces de poisson, sa masse moyenne atteignant les 1 000 kilogrammes. On la trouve dans les eaux tropicales et tempérées tout autour du monde. C'est un animal à la tête proéminente, sans queue, qui, nageoires comprises, peut être aussi haute que longue.

La forme de sa nageoire caudale lui donne son allure si particulière. C'est un poisson plat dans la largeur, ovoïde vu de face. Les nageoires pectorales sont petites par rapport aux nageoires dorsale et anale. La longueur de ces dernières peut presque doubler la hauteur de la môle. La môle a une longueur moyenne de 1,80 mètre et une masse moyenne de 1 000 kg. On a cependant capturé certains spécimens mesurant jusqu'à 3,30 mètres et pesant 2 300 kg. Un spécimen énorme de 1 tonne et demie fut pêché en 1910, comme le montre la photo jointe.

La plupart des noms de la môle se rapporte à sa forme particulière. Le terme « môle » dérive probablement du latin mola qui désigne une « meule » ou une grosse pierre. Cette espèce devrait donc son nom à sa couleur grise, sa texture rugueuse et son corps rond. Un autre nom courant de la môle, relatif à sa forme ronde, est « poisson lune », terme que l'on retrouve en italien (pesce luna), espagnol (pez luna), en portugais (Peixe-lua), en allemand (Mondfisch).

La môle prend régulièrement des bains de soleil à la surface de l'eau, d'où son nom anglais de ocean sunfish. Les Taïwanais en parlent parfois comme le « poisson voiture renversée » parce que la môle est penchée quand elle prend des bains de soleil. Dans le comté d'Hualien, à Taïwan, dont la mascotte officielle est la môle, on l'appelle « poisson mambo » en référence aux mouvements du poisson lorsqu'il nage, rappelant le mambo.


La môle se nourrit principalement de méduses qu'elle consomme en grandes quantités en raison de leur faible valeur nutritionnelle. Les femelles pondent plus d'œufs que n'importe quel autre vertébré connu. Le fretin de môle ressemble à un petit poisson-hérisson. Il possède de grandes nageoires pectorales et caudale. Son corps est recouvert d'épines qui disparaissent à l'âge adulte.

Les môles sont fréquemment prises au piège des filets de pêche. Elles représentent même 30 % du total des prises lors de la pêche au filet de traîne de l'espadon en Californie. Ce pourcentage monte entre 71 % et 90 % pour la pêche de l'espadon en Méditerranée. La pêche à la môle n'est réglementée nulle part dans le monde. Dans certains endroits, les pêcheurs leur coupent les nageoires car ils les considèrent comme des voleurs de prises potentielles, ce qui entraîne leur mort.

Les môles adultes ont peu de prédateurs, si ce n'est les lions de mer, les orques ou les requins. L'homme, dans certaines parties du monde, la considère comme un mets délicat comme au Japon ou à Taïwan mais la commercialisation de sa chair est interdite dans l'Union européenne. Elle se retrouve fréquemment, par accident, prise dans des filets. Il lui arrive aussi de consommer par erreur des déchets flottants, comme des gobelets en plastiques, qui peuvent entraîner sa mort. Les môles sont également menacées par les déchets flottants tels que les sacs plastiques qui ressemblent aux méduses, leur aliment principal.

La méduse bleue ou méduse lune (Aurelia Aurita)
 La première môle en aquarium des États-Unis est arrivée en août 1986 à l'aquarium de la baie de Monterey. Comme il s'agissait de la première captivité de si grande ampleur à l'époque, l'équipe de l'aquarium fut contrainte d'innover en créant ses propres méthodes de capture, d'alimentation et de contrôle des parasites. En 1998, l'aquarium parvint à conserver un spécimen pendant plus d'un an avant de le relâcher, car son poids avait été multiplié par quatorze.

Môle à l'Aquarium de Monterey - Californie