La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

jeudi 23 août 2012

Lapins d'estive


Votre lièvre précieux, accompagné de sa fidèle hase, a quitté le sol lunaire pour venir comme chaque année estiver sur Terre, cette fois dans quelques provinces de Flandre et Wallonie, en partie chez la grande Trésorière de l’Hôtel des Monnaies, dans le quartier de St Gilles à Bruxelles, puis sur le quai Napoléon à Anvers, chez le bien-nommé Prince Gottfried de la Butte aux lièvres. Ici et là, le lièvre de jade a remarqué la présence de quelques créatures lagomorphiques ou cuniculaires (la distinction entre les deux n’étant pas toujours notable), dont :

Les lapins de Sir George Frampton aux Jardins d’Egmont de Bruxelles





Remontant le boulevard de Waterloo, entre les stations de métro Louise et Porte de Namur, non loin du monumental Palais de justice, on ne saurait s’attendre à pénétrer dans un parc si calme, îlot de verdure pratiquement désert. Venant à pied de la rue des Quatre Bras, l’une des entrées de la rue du Grand Cerf nous étant masquée, nous sommes conduits vers celle qui s’effectue par la rue aux Laines. Au milieu de cette voie, à notre droite, nous empruntons le passage Marguerite Yourcenar (plusieurs plaques apposées présentent des extraits de L’œuvre au noir) qui introduit aux Jardins d’Egmont (Egmonttuinen), niché entre les immeubles d’habitation et le haut parallélépipède de The Hotel (ancien hôtel Hilton racheté en 2010 par un groupe suédois).

Dès l’entrée, sur la gauche, apparaît la statue de Peter Pan. Elle est l’œuvre de Sir George Frampton (1860-1928), qui réalisa une série de sept sculptures à la demande de l’auteur lui-même, James Matthew Barrie, mais la sculpture originale se trouve à Kensington Gardens à Londres, celle-ci étant une copie qui fut donnée par Frampton à la ville de Bruxelles après la première guerre mondiale. À la base de cette sculpture, blottis dans les anfractuosités du tronc et les entrelacs de ses racines de bronze, les lapins font bonnes figures, parmi des écureuils, des souris (et un escargot). Au centre du jardin, une orangerie de style néoclassique, percée de six portes-fenêtres, est devenue lieu de restauration. Sur l’un des côtés du jardin, l’ancien palais d’Egmont s’offre à la vue du promeneur, avec sa grande cour du Sanglier. Edifié au seizième siècle, il fut profondément remanié au siècle suivant par la famille des princes d'Arenberg. Des personnages célèbres y séjournèrent (Christine de Suède, Louis XV, Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire). Aujourd’hui propriété du Ministère des Affaires Etrangères, le bâtiment prête son cadre à des conférences.


Le lapin "scribouillard" de Stan Wannet à la Fondation Verbeke

La fondation Verbeke (1) est établie à Kemzeke, qui se situe au nord-ouest d’Anvers, près du village de Stekene, sur la E34 en direction de Bruges. Première impression de no man’s land, démentie par la présence d’un empilement de conteneurs, une grappe de grues (mécaniques) ouvrant sur un site semi-industriel, semi horticole.
Ouverte depuis le 1er juin 2007 par les collectionneurs Geert et Carla Verbeke, la Verbeke Foundation constitue un centre d’art unique où s’unissent nature, culture et écologie. Ses espaces abritent une impressionnante collection d’art moderne et contemporain.

Les 12 hectares d’espace naturel et les 20 000 m² d’espaces couverts font de la Verbeke Foundation une des plus importantes initiatives privées pour l’art contemporain en Europe. Les hangars de l’ancienne entreprise de transport de Geert Verbeke y ont été réaménagés en espaces d’exposition, dont l’un abrite l’exceptionnelle collection de collages et assemblages. Une exposition d’œuvres de Andrée Arty s’ouvrait ce jour au public. Mais c’est dans l’une des salles d’exposition permanente que je découvre le lapin "scribouillard" de Stan Wannet, qui fait partie de ce qu’on nomme le "bio-art", mouvement artistique sujet à controverses. Ce n’est pas sans tristesse, d’ailleurs, que votre lièvre précieux — laborantin sélénite, savant mixologue d’élixir d’immortalité — examina son semblable naturalisé, mu par un système biomécanique ingénieux, certes, mais soumis à la vaine fonction d’un gratte-papier.

(1) La fondation est une initiative privée ne recevant aucune subvention. Elle vit grâce au soutien de donateurs, personnalités privées et d'entreprises.


Le lapin "égyptien" de Henk Visch, au Troubleyn/laboratorium de Jan Fabre à Anvers (Borgerhout)

Le Troubleyn/laboratorium abrite toutes les activités de Jan Fabre sauf son atelier d'artiste, qui est son jardin secret au nord d'Anvers. À Borgerhout, il loge Troubleyn, sa compagnie de danse, qui comprend une salle de répétition, un atelier de décors et une grande salle de spectacle dotée d'une scène de 17 mètres de large. Il y loge aussi les bureaux de sa société en arts plastiques Angelos. Il a installé là des ateliers d'artistes invités. La concession, opérée en 2004, s’établit sur une durée de trente ans, au terme de laquelle les lieux redeviendront propriété de la ville d’Anvers. Chaque artiste invité y laisse une oeuvre, dans un endroit laissé à sa libre disposition. Nous avons pu découvrir les différents lieux grâce à l'aimable invitation de Maai Meukens, secrétaire comptable de la société Angelos.

Les locaux, d’une superficie de 1 900 m2 proviennent d'un théâtre désaffecté (le Ring Theater) et d'une école abandonnée. La sculpture du lapin de Henk Visch (artiste né à Eindhoven en 1950) est installée dans la partie du Ring Theater. Elle n’est visible qu’en soulevant un rideau noir situé tout en haut, sous le toit du bâtiment. L’ancienne salle de spectacle a été en partie détruite par un incendie survenu il y a une trentaine d’années. Tout en assurant la sécurité du lieu, Jan Fabre a voulu conserver les traces de ce sinistre.