La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

dimanche 27 février 2011

L'homme dans la lune 2 [Chine, Japon]

En Asie, à la place du fagot des légendes européennes, le bonhomme dans la Lune porte un joug aux extrémités duquel se balancent deux seaux. Son séjour sur l’astre nocturne est généralement lié à l’expiation d’une faute, mais il peut également faire l’objet d’une récompense.

Une légende des îles Ryukyu, au Japon, rapporte que jadis la Lune brillait d’un plus bel éclat que son époux le Soleil. Ce dernier réclama à sa femme un peu de sa lumière, prétextant que les voyageurs qui marchent durant la nuit sont moins nombreux et n’ont pas besoin de voir aussi clair. Mais la Lune fit la sourde oreille et refusa de sacrifier le moindre de ses rayons. Hors de lui, le Soleil poussa la Lune, qui tomba alors sur la Terre dans une mare remplie de boue. Un paysan qui passait par là posa son joug et vint la nettoyer avec l’eau puisée à ses seaux mais, malgré tous ses efforts, il fut incapable de lui rendre son éclat premier. La Lune retourna alors au ciel, et depuis, à chaque pleine Lune, elle invite le paysan à lui rendre visite là-haut. De la vint l’explication des taches que l’on voit à sa surface; il s’agit du vieux paysan japonais harnaché de son joug et de ses seaux.
 
extrait de La Lune : Mystères et Sortilèges, Édouard Brasey, éditions du Chêne



En Chine, on attribue au vieil homme de la lune appelé Yue-lao un rôle important dans la question des unions terrestres et de leur prédestination. Il possède en effet le pouvoir de former les mariages des mortels et de relier les futurs époux à l’aide d’un ruban de soie invisible, le couple étant alors maintenu par ce "cordon matrimonial" durant tout le temps de son existence.

mercredi 23 février 2011

Callibistris N°0 [éditions Venus d’ailleurs, 2011]

La couronne, Aurélie Aura
Les éditions Venus d’ailleurs viennent de publier un nouveau magazine érotique (24 pages au format 22 x 32 cm). Au sommaire de ce premier numéro quadrichromique, richement et finement illustré, dans lequel votre lièvre précieux s’est dissimulé par fantaisie pseudo-hétéronymique, bon nombre de choses alléchantes pour éclairer vos nuits sans lune (et toutes les autres) :
  • La magie sexuelle, dossier établi par Vincent Capes
  • Le râteau de la méduse, un portrait de Zaïda Gonzalez, par Aurélie Aura
  • L’objectif du hasard, un portrait de Irina Ionesco, par Vincent Capes
  • Ébauche d’un éléphant, un portrait de Marcel Marïen, par Erik Garnier



Portrait de l'artiste, Marcel Marïen

Des chroniques à propos de :
Maria Betty – Charles Duits – Cinérotic (de Roger Toulemonde et Eric Heilmann) – éditions Astarté – rubrique cinéma par William Galindo...


Et pour finir, des reproductions d’œuvres de : Aurélie Aura – Yasmine Blum – Estelle Brun – Vincent Capes – Lou Dubois – Pierre Molinier – Philippe Pissier – Michou Strauch





Michou Strauch




Attention ! 200 exemplaires disponibles seulement,
à 6 € l’unité… Seulement !




lundi 21 février 2011

Musiques des Sayyids et des Derviches, Gurdjieff - De Hartmann - Alain Kremski, piano [Naïve, 2001]

Volume 5 d’une série qui au total en compte 12 (devenue hélas largement indisponible ou coûteuse), ce disque présente 19 miniatures, extraites d’un corpus musical "récolté" par Georges Ivanovitch Gurdjieff (1877-1949) au cours de ses voyages, et transcrites pour le piano par Thomas de Hartmann (1885-1956).

Extraits du livret :

Est-il une musique qui fasse tressaillir la terre, pousser la végétation, guérir les maladies, qu’elles soient du corps, du sentiment ou de la pensée – une musique qui réjouisse les "sphères", émeuve les galaxies ?

Au plus profond de son désir, de sa quête, ce sont ces questions essentielles qui ont piloté Georges Ivanovitch Gurdjieff et ses "Chercheurs de Vérité" au cours des vingt ans de sa vie cachée, dans les villes, dans les vallées perdues, parmi le grouillement secret des confréries, des temples, des ashrams et des monastères, que ce soit en Égypte, au Caucase, le long de la rivière Amou-Daria, à Samarcande, Tachkent, par le flanc nord de l’Himalaya, jusqu’au désert de Gobi… à travers huit fuseaux horaires, soit le tiers de la planète ?

Gurdjieff jouait un thème sur son "petit instrument", une sorte d’harmonium, - un clavier et du "vent" et, pendant des années, sous son influence, Thomas de Hartmann, musicien réputé, de formation classique, a transcrit, adapté, "harmonisé" ces thèmes, pour les rendre compatibles avec les instruments musicaux disponibles chez nous.

Bruno De Panafieu (auteur d’une monographie de Gurdjieff, éditions L’âge d’homme)

A ces deux hommes s’ajoute ici un interprète de choix, le pianiste Alain Kremski, qui a orchestré toutes les danses sacrées et les parties chorales du film de Peter Brook, Rencontre avec des hommes remarquables, adapté du livre autobiographique de Gurdjieff. Il a aussi composé plusieurs œuvres pour cloches anciennes, cymbales tibétaines et gongs, qu’il a jouées en concert dans les plus grands festivals internationaux. Ouvert aux courants spirituels et artistiques de l’Orient et de l’Occident, Alain Kremski nous dit :
Ces musiques, belles, limpides, d’une grande simplicité intérieure, ont quelque chose d’indéfinissable, de spécial… Avec elles, nous commençons à voyager dans des pays inconnus et pourtant étrangement familiers.

 


Votre lièvre précieux ne peut que confirmer cette appréciation – en toute simplicité intérieure -, sans autre commentaire, si ce n’est  celui-ci : que ces musiques "portatives" (et notamment celles de ce volume 11, à présent usé jusqu’à la corde !), qui s'adaptent à tous modes de transports, ont accompagné plus d'une fois les longues heures d’étude de ses voyages immobiles.

samedi 12 février 2011

L'homme dans la lune 1 [Europe]

Par l’œil gauche d’Horus ! Sachez bien que le lièvre n’est pas seul à vivre sur la lune. Non, parmi ses concitoyens, il y a entre autres : le singe, le renard, le crapaud, le corbeau, l’éléphant, et cette faune comporte aussi quelques humains, masculins et féminins, mortels, moyens mortels ou immortels. Oui, la lune est habitée, et plus qu’on ne le pense… Chaque civilisation a voulu y mettre en place son représentant d’ambassade. Difficile d’évoquer chacun des résidents du monde sélénite, à moins de se plonger dans l’étude et rester dans son terrier des journées entières sans voir le Soleil ni la Terre – ce qui est parfois contraignant (quand il ne pleut pas des météorites). Votre lièvre précieux, à l’aide du non moins précieux Moon lore (1885) du révérend Timothy Harley, commencera par s’intéresser à "l’homme dans la lune", vestige mythologique devenu légende populaire dans divers pays d’Europe, spécialement en Angleterre, mais dont on trouve également la trace en Asie, Afrique, Amérique et Polynésie…

L’homme dans la lune n’est pas une illusion d’optique, le simple croissant d’un sourire lumineux se profilant dans la nuit. Non, l’homme dans la lune n’est pas non plus un simple terrien de caractère lunatique : il s’agit bien d’un indigène du monde sélénite, malheureusement incapable de nous fournir une preuve photographique ou de montrer sa carte d’identité. En tout cas, il ne fait aucun doute que l’homme y vit depuis très longtemps, d’après les épopées des anciennes tribus germaniques et scandinaves, les récits des chinois, slaves, esquimaux, indiens d’Amérique et peuplades de Nouvelle-Zélande. Comme je l’ai dit, les témoignages sont nombreux ! Mais commençons d’abord par l’Europe... 

 
Comme l’image l’indique, l’homme dans la lune ne boit que du vin rosé de Bordeaux (clairet). Sur d’autres images, on le représente toujours avec une pipe : c’est aussi un grand fumeur. Mais surtout, faute d’y être prophète, il est poète en sa planète.

L’histoire de l’homme dans la lune comme on la raconte à nos enfants en Grande Bretagne est censée se fonder sur un fait biblique. Mais bien que, pour les Juifs, une tradition talmudique veuille que Jacob soit dans la lune et que son visage soit parfaitement visible, les Écritures Hébraïques ne font aucunement mention de ce mythe. Pourtant, à nos auditeurs du coin du feu, il est raconté qu’un homme fut surpris par Moïse en train de ramasser du petit bois en plein Sabbat, et que, pour ce crime, il fut envoyé sur la lune pour y demeurer jusqu’à la fin des temps. Le passage cité comme preuve de cette histoire se trouve dans le Livre des Nombres, XV 32-36. En se référant au texte sacré, il est vrai que l’on trouve un homme qui ramasse du petit bois le jour du Sabbat et la congrégation qui ramasse des pierres pour son impitoyable châtiment, mais on cherche en vain mention de la lune. Non est inventus. De bon nombre de conteurs anciens, on peut dire, comme Sheridan à propos de Dundas : "Monsieur le Député doit à sa mémoire les plaisanteries dont il nous régale et à son imagination les faits qu’il avance."

Comme le rappelle Mr Proctor, "selon les gouvernantes allemandes, il ne s’agissait pas du Sabbat mais du dimanche. Voici comment elles le racontent : il y a très longtemps, un dimanche, un vieil homme partit en forêt  pour couper du petit bois. Il en fit un fagot, le suspendit à un épais bâton, le mit à son épaule et reprit péniblement le chemin de sa maison chargé de son fardeau. En route, il rencontra un homme élégant en habit du dimanche qui se dirigeait vers l’église. L’homme s’arrêta et demanda au porteur de fagot : « Sais-tu que nous sommes aujourd’hui dimanche, le jour sur terre où chacun doit se reposer de ses labeurs ?" "Dimanche sur terre, ou lundi au ciel, pour moi, quelle différence ?" dit en riant le coupeur de bois. "Alors porte ton paquet à jamais ! » continua l’inconnu. « Et puisque pour toi le dimanche sur terre  n’a pas de valeur, tu ne connaîtras plus que le lundi au ciel ; tu  demeureras pour l’éternité ainsi dans la lune, pour dissuader tous ceux qui voudraient rompre le Sabbat." Sur ce, l’inconnu disparut et l’homme, avec son bâton et son fagot fut emporté jusqu’à la lune, où il se trouve toujours.
D’après Tobler, l’homme dut choisir entre brûler au soleil et subir le froid glacial sur la lune ; ayant préféré le froid lunaire à la fournaise du soleil, il est visible à la pleine lune, assis, avec son fagot de bois sur le dos. Si "ceux qui vivent sous des climats froids ont les sangs gelés", soyons  reconnaissants de ne pas avoir à hiberner pour l’éternité sur la lune et, les nuits d’hiver, lorsque souffle la bise, "regardons là-haut, à travers la fenêtre, et plaignons le malheureux vieillard."

Extrait de Moon lore, Timothy Harley (traduction Hélène Hory)

D’autres histoires racontent qu’il y a un homme et une femme dans la lune, celui-là avec son fagot et celle-ci avec sa baratte (punie pareillement de son labeur). Les Frisons du Nord (sud de la Suède et Norvège, Danemark et une partie du nord de l’Allemagne actuelle), une des plus anciennes tribus germaniques, ont de ce mythe une version un peu différente : "Un homme vole des légumes dans le jardin de son voisin. Alors qu’il est sur le point de partir avec son chargement, des personnes le surprennent et le conjurent d’aller expier sa faute sur la lune. C’est ainsi que le voleur se tient désormais sur l’astre, à la vue de tous, portant son fardeau pour l’éternité."


Certains voient en l’homme dans la lune Isaac portant sagement son fagot qui devait servir à son propre bûcher ; d’autres Caïn, offrant au Seigneur le plus élémentaire des cadeaux terrestres, et une superstition française prétend qu’il s’agit du traître Judas… Laissons ces allusions bibliques détournées pour nous intéresser à la légende païenne...
 
 

William Shakespeare mentionne deux fois l’homme dans la lune : Dans Le songe d’une nuit d’été, à la scène 1 de l’acte III, quand le charpentier donne des instructions pour le spectacle de Pyrame et Thisbé : Quelqu’un devrait venir avec un fagot d’épines et une lanterne, et dire qu’il vient pour défigurer ou représenter le personnage du clair de lune. De fait, dans l’acte V, l’acteur qui incarne ce rôle dit en s’avançant vers les spectateurs :
Tout ce que j’ai à vous dire, c’est de déclarer que cette lanterne est la lune ; que moi, je suis l’homme de la lune ; que ce fagot d’épines est mon fagot d’épines ; et que ce chien est mon chien.

Dans le deuxième exemple, tiré de La tempête  dans la scène 2 de l’acte II, Caliban dialogue avec Stephano :
Caliban : Est-ce que tu n’es pas tombé du ciel ?
Stephano : De la lune, je t’assure. J’étais, dans le temps, l’homme de la lune.
Caliban : Je t’y ai vu, et je t’adore. Ma maîtresse t’a montré à moi, toi, ton chien et ton fagot.

Parmi les animaux résidant sur la lune, il faut donc ajouter le chien...

jeudi 10 février 2011

Marbre mou : le rapt de Proserpine




Giantimo Lorenzo BERNINI (dit Le Bernin) naît à Naples en décembre 1598. Architecte, sculpteur et peintre, il bénéficie très tôt de l'expérience de son père, lui-même sculpteur maniériste d'origine florentine. Le jeune Bernini réalise d'abord des œuvres décoratives et commence à être reconnu comme sculpteur de talent, influencé par la révolution de la peinture naturaliste initiée par Le Caravage, ainsi que le mouvement baroque.




"Le rapt de Proserpine" (1622) fait partie d'un groupe de quatre sculptures réalisées sous le patronage du cardinal Scipion Borghèse. L'empreinte réaliste des doigts de Pluton, dieu des Enfers, marquant la chair pulpeuse de Proserpine, est assurément un coup de génie, qui renforce le réalisme dramatique de l'enlèvement, mais c'est surtout un choc, une collision sensationnelle entre la corruption des corps et l'éternité marmoréenne.

vendredi 4 février 2011

Un moment de calme [Michael Sowa]


Michael Sowa est un artiste peintre allemand, né à Berlin en 1945. Il est surtout connu pour ses livres d’images faussement enfantins, qui mettent généralement en présence des animaux dans des situations et attitudes insolites, tantôt comiques, tantôt inquiétantes ou un mélange des deux, dans un croisement de proximité (Annäherung) et d’étrangeté (Unheimlichkeit). Cette sensation n’est jamais aussi forte que lorsque l’image, privée de texte (à l’exclusion du titre éventuel) nous interroge sur sa représentation, c’est-à-dire sur notre rapport au monde. Et quand on sait que Sowa est né au moment de la défaite de l’Allemagne nazie et l’anéantissement de Berlin, il y a évidemment plein de questions plus profondes qui se posent… Sans qu’il soit forcément lunaire ou lunatique, mais en tout cas discret (peu d'informations biographiques sur la Toile), Michael Sowa a aussi introduit beaucoup de lapins dans ses peintures, faisant acte lui aussi d’anthropophilie cuniculaire.